
Comment le Parlement européen va-t-il améliorer la vie des personnes en situation de handicap en Europe ? Le Forum Européen des Personnes Handicapées à demandé à chacun des président des partis de s'exprimer sur sept questions clés concernant le handicap en Europe. C'est Francis Wurtz de la Gauche Européenne qui nous répond après le Parti Socialiste.
FEPH : En 2007, le mouvement européen du handicap a collecté 1.3 millions de signatures à travers l'Europe, conformément au droit de pétition repris dans le Traité de Lisbonne. Il demandait ainsi à l'Union européenne de mettre en place une législation effective qui couvre tous les domaines de la vie quotidienne des personnes en situation de handicap.
Comment le parti de la gauche européenne propose-il de faire de cette demande une réalité ?
FW :
L'égalité des chances et des droits pour tous est une question centrale pour laquelle la gauche européenne se bat. Nous soutenons la demande d'une législation effective pour les personnes en situation de handicap qui couvre tous les domaines de la vie. L'Union européenne a déjà été active dans ce domaine avec le Plan d'action pour le handicap (2007-2010), l'année européenne des personnes en situation de handicap (2003) et l'année européenne de l'égalité des chances (2007) entre autre. D'autres actions ont également été mises en place au niveau européen. Quoiqu'il en soit, nous devons en faire davantage. La gauche européenne soutient les groupes les plus vulnérables et discriminés de notre société. Nous considérons que les politiques du handicap doivent être transversales, elles doivent couvrir tous les domaines de la vie. Nous demandons l'implication des personnes en situation de handicap dans toutes les questions politiques, conformément au Manifeste « Rien sur les personnes en situation de handicap, sans les personnes en situation de handicap ». Il est vital d'impliquer les personnes en situation de handicap dans tous les domaines de la vie et d'établir une plateforme permettant un échange et des discussions sur leurs besoins, préoccupations et demandes. Tous les domaines de la législation européenne doivent par ailleurs faire systématiquement référence aux conséquences et implications de celle-ci, pour les personnes en situation de handicap. La gauche européenne se bat pour créer une société véritablement ouverte d'esprit dans laquelle les barrières psychologiques sont dépassées et la diversité représente un avantage pour chacun de nous parce que cela signifie un enrichissement de nos vies.
FEPH : Le Parlement européen est toujours largement inaccessible aux nombreux citoyens en situation de handicap, ce qui par conséquent les fait se sentir aliénés à l'Europe. Ceci est particulièrement vrai concernant le site web du Parlement européen et de nombreux de ses eurodéputés, la disponibilité des informations en formats alternatifs et le nombre limité de personnes en situation de handicap embauchées dans les Institutions.
Quelles actions la GUE compte-t-elle prendre afin de rendre le travail du PE accessible à tous ?
FW :
Nous sommes tous conscients du fait que l'accessibilité du Parlement européen soit toujours insuffisante, ce qui est également le cas des sites internet du PE et des eurodéputés. Nous soutenons fermement la demande de plus d'accessibilité pour les personnes en situation de handicap. Nous pensons que ce problème est aussi important que les efforts en matière de non-discrimination, et réalisons que nous devons toujours en faire plus - également de notre côté- dans le but d'assurer un accès égal à tous. Cette prise de conscience est un processus en cours, en ce qui concerne les sites internet privés des eurodéputés par exemple, des outils favorisant leur accessibilité doivent être développés. Nous savons que des défauts persistent mais nous sommes ouverts aux critiques et prêt à prendre les mesures nécessaires pour suivre les mises en accessibilité et, si nécessaire, améliorer nos actions dans le but de rendre notre travail accessible à tous.
FEPH : Bien qu'il y ait 65 millions de personnes en situation de handicap à travers l'Europe et qu'une famille sur cinq soit concernée, les personnes en situation de handicap sont absentes de la Stratégie de Lisbonne. Selon la GUE, comment cela peut-il être rectifié ?
FW :
Nous sommes très critiques envers la Stratégie de Lisbonne parce qu'elle néglige les perspectives sociales et nous soutenons votre demande qui veut que la situation des personnes en situation de handicap y soit prise en compte. Pour nous, le développement d'une Europe sociale est tout-à-fait crucial, les personnes en situation de handicap font bien sûr, partis de l'Europe, et doivent avoir les mêmes droits que les personnes qui ne sont pas en situation de handicap. Nous nous opposons à la Stratégie de Lisbonne qui se résume à la compétition et aux questions économiques. Nous critiquons également le fait que la Charte des droits fondamentaux manque cruellement de droits sociaux comme le droit de travail.
FEPH : L'intégration systématique du handicap dans tous les domaines politiques est l'une des exigences de la conclusion de la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées et de la mise en œuvre de la disposition du Traité de Lisbonne sur la non discrimination. Comment le gauche européenne envisage-t-elle d'intégrer le handicap dans des domaines autres que les politiques sociales, tels que le marché intérieur, les technologies de l'information et de la communication, le transport, l'industrie, la recherche ou les relations extérieures ?
FW :
Comme cela a déjà été mentionné, nous considérons les politiques du handicap comme transversales ce qui signifie que cela doit couvrir tous les domaines de la vie et de la politique. C'est pourquoi il est important de faire une référence systématique au handicap dans tous ces domaines parce que cela va sans dire que les politiques du handicap concernent tous les domaines de la vie, elles ne doivent donc pas se limiter aux seules politiques sociales. Pour cette raison, une discussion plus large comme l'implication des politiques du handicap est urgente dans ces domaines politiques. Nous pensons que c'est crucial que toute discussion incluse des représentants d'organisations non-gouvernementales travaillant dans ce domaine, dans le but de s'assurer que les intérêts des personnes en situation de handicap soient visibles dans les discussions et décisions. De plus, le suivi et l'évaluation doivent accompagner toute mesure dans le but de prendre en compte les implications spéciales qu'auront nos actions pour les personnes en situation de handicap.
FEPH : Des milliers de personnes en situation de handicap vivent dans des institutions spécialisées, éloignées de leur famille et ce en violation de leurs droits fondamentaux, sans possibilité de faire leurs propres choix concernant leur vie quotidienne. Cela est en partie dû au manque d'accès à des services de qualité. Quelle devrait être la réponse de l'Europe ?
FW :
La possibilité pour les personnes en situation de handicap de vivre de manière indépendante (si nécessaire avec l'aide d'assistants) renvoie à la Convention des Nations Unies. De notre point de vue, il est fondamental d'intégrer tout le monde dans notre société, qu'ils soient en situation de handicap ou non. La GUE lutte pour avoir une société dans laquelle chacun a l'opportunité de prendre part à la communauté, et dans laquelle les différences de qualifications et de capacités sont développées et encouragées. L'intégration de tous, dans le domaine de l'éducation par exemple, de la vie et du travail, est en ce sens cruciale. Rendre les services financièrement et matériellement accessibles à tous est extrêmement important. Des aides spéciales doivent être apportées aux familles de personnes en situation de handicap dans le but de faire se rencontrer leurs besoins spécifiques et d'assurer assistance et soutien là où les besoins se font sentir.
FEPH : Les conséquences de la crise financière ont été particulièrement sévères pour les groupes les plus vulnérables de la population, c'est le cas des personnes en situation de handicap et de leurs familles : la mise en conformité des maisons, l'achat d'appareillages adaptés indispensables à l'autonomie et à une participation active à la société, sont un réel fardeau financier pour les personnes en situation de handicap et leurs familles. Quelles mesures la GUE recommande t-elle de prendre pour résoudre ce problème ?
FW :
Tout comme « L'Association européenne pour les prestataires de services auprès des personnes en situation de handicap » (EASPD), nous pensons également que les personnes en situation de handicap, leurs familles et les prestataires de services ne doivent en aucun cas souffrir des conséquences de la crise financière dont ils ne sont pas responsables. Dans de nombreux pays, c'est déjà le cas : les services sociaux et de santé pour les personnes en situation de handicap sont sous financés. La situation va encore sans doute s'empirer. La gauche européenne demande donc que l'UE et les Etats membres mettent tout en œuvre pour éviter que la situation ne se dégrade davantage. La gauche européenne trouve insupportable que des personnes qui ne sont en aucun cas responsables de la crise, en payent le prix. Au contraire, nous pensons que l'investissement dans les infrastructures de services sociaux et de santé ainsi que dans l'assistance pour les personnes en situation de handicap ayant besoin de traitement particuliers bénéficiera à toute la société.
FEPH : Voyager, étudier ou vivre à l'étranger, l'un des plus avantageux droits du citoyen européen, est un défi énorme pour les personnes en situation de handicap et leurs familles. Quelles actions la gauche européenne compte t-elle mettre en place?
FW :
En ce sens, une assistance spécialisée est cruciale. Nous souhaitons des améliorations dans ce domaine, par exemple un tourisme accessible ainsi qu'un pass européen voir même international pour les personnes atteintes d'un handicap sévère.
De plus, l'Union européenne doit s'impliquer dans des solutions facilitant les voyages et le tourisme pour les personnes en situation de handicap. Cela inclut par exemple des facilités pour les parkings, des tickets gratuits, des dispositions spéciales pour les voyages...De même, les législations pour les personnes en situation de handicap, en ce qui concerne leur mobilité entre autre, doivent être améliorées et davantage développées. En ce sens il est intéressant de citer le Plan d'action européen (2003-2010)- Egalité des chances pour les personnes en situation de handicap » et le rapport de Marc Maudinet « Accès aux droits sociaux pour les personnes en situation de handicap en Europe ». Les possibilités pour les étudiants en situation de handicap de participer à des programmes d'échange doivent être renforcées avec davantage de subventions ainsi que des programmes spéciaux tenant compte de leurs besoins particuliers.
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Aurélien Daydé
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