
SEPT QUESTIONS CLES POSEES AUX PARTIS POLITIQUES: POUL NYRUP RASMUSSEN REPOND POUR LE PARTI SOCIALISTE EUROPEEN
Comment le Parlement européen va-t-il améliorer la vie des personnes en situation de handicap en Europe ? Le Forum Européen des Personnes Handicapées à demandé à chacun des partis de s'exprimer sur sept questions clés concernant le handicap en Europe.
FEPH : En 2007, le mouvement européen du handicap a collecté 1.3 millions de signatures à travers l'Europe, conformément au droit de pétition repris dans le Traité de Lisbonne. Il demandait ainsi à l'Union européenne de mettre en place une législation effective qui couvre tous les domaines de la vie quotidienne des personnes en situation de handicap.
Comment le PSE propose-il de faire de cette demande une réalité ?
Poul Nyrup Rasmussen :
Le PSE a adopté un Manifeste pour les élections du Parlement européen de 2009. Nous
voulons mettre en avant les personnes, ce qui bien entendu signifie toutes les personnes, indépendamment du fait qu'elles aient ou non un handicap. Le PSE a depuis longtemps encouragé l'adoption d'une législation effective pour les 65 millions de citoyens européens en situation de handicap. Nous avons de forts antécédents en ce qui concerne la défense des droits des personnes en situation de handicap durant le mandat 2004-2009 et même auparavant. Les députés socialistes et socio-démocrates du Parlement européen jouent un rôle important de pression auprès de la Commission européenne, dirigée par le conservateur José Manuel Durao Barroso. La Commission doit concrétiser ses promesses notamment sur la directive interdisant les discriminations dans tous les domaines non inclus dans l'article 13 du Traité des Communautés européennes. En avril 2009, les eurodéputés socialistes ont fortement soutenu ce projet et se sont prononcés en faveur d'un élargissement de la portée de la loi anti-discrimination existante aujourd'hui au niveau communautaire. Elle vise désormais à lutter contre les discriminations basées sur le handicap, l'âge, l'orientation sexuelle, les croyances ou religion et ce dans le domaine de l'éducation, de la Sécurité sociale, des soins de santé et enfin des biens et services. Les conservateurs ont voté contre cette proposition, certains eurodéputés comme Mr Manfred Weber (PPE, Allemagne) ont éliminé cette proposition en justifiant d' « une régulation excessive ».
Comme indiqué dans le projet de loi anti-discrimination d'avril 2009, prohiber simplement les discriminations contre les personnes en situation de handicap n'est pas suffisant. Il est nécessaire de mettre en place des actions qui offrent des « adaptations appropriées » aux personnes en situation de handicap, telles qu'assurer l'accessibilité des bâtiments publics. Dans les cinq années à venir, le PSE continuera son travail dans ce domaine. En coopération avec le Forum européen des personnes handicapées ainsi qu'avec d'autres acteurs de la société civile, nous observerons les législations européennes existantes devant être renforcées ainsi que les nouvelles directives et régulations qui doivent être mises en place, dans le but de mettre un terme aux discriminations contre les personnes en situation de handicap.
La contribution du FEPH au nouveau projet de loi anti-discrimination a été cruciale. Le PSE est convaincu que le projet de loi, qui a été voté en avril, n'aurait pas aboutit sans les efforts du FEPH et de sa campagne « 1million4disability ». De nombreux eurodéputés du PSE ont soutenu le FEPH dans sa campagne et l'ont ainsi aidé à collecter les plus d'un million de signatures en faveur d'une législation forte concernant le handicap.
Pour le prochain mandat du Parlement européen, le PSE poursuivra ses efforts dans le renforcement d'une législation anti-discrimination communautaire.
FEPH : Le Parlement européen est largement inaccessible aux nombreux citoyens en situation de handicap, ce qui a pour conséquences le fait se sentir étranger à l'Europe. Ceci est particulièrement vrai concernant le site web du Parlement européen et de nombreux de ses eurodéputés, la disponibilité des informations en formats alternatifs et le nombre limité de personnes en situation de handicap employés dans les Institutions.
Quelles actions le PSE compte-t-il prendre afin de rendre le travail du PE accessible à tous ?
Paul Nyrup Rasmussen :
Le PSE partage les préoccupations du FEPH en ce qui concerne le manque d'accessibilité du Parlement européen aux personnes en situation de handicap. Durant le prochain mandat, il souhaite :
- promouvoir l'emploi des personnes en situation de handicap au sein du Parlement européen lui-même,
- rendre le site web du PE ainsi que celui du PSE plus accessible aux personnes mal et non voyantes,
- encourager les eurodéputés à être plus attentif aux besoins des personnes en situation de handicap. Par exemple, cela peut concerner les groupes de visiteurs des Parlements européens de Bruxelles ou Strasbourg et des sites internet des eurodéputés. Pour cette campagne électorale, le Parti Socialiste Européen a tenu compte des besoins des personnes mal et non voyantes en mettant en place une version commentée du Manifeste du PSE pour ces élections. La version commentée de notre Manifeste peut être téléchargée ici.
FEPH : Bien qu'il y ait 65 millions de personnes en situation de handicap à travers l'Europe et qu'une famille sur cinq soit concernée, les personnes en situation de handicap sont absentes de la Stratégie de Lisbonne. Selon le PSE, comment cela peut-il être rectifié ?
Paul Nyrup Rasmussen :
La Stratégie de Lisbonne a été développée sous la direction des gouvernements socialistes et socio-démocrates, les Commissaires et les eurodéputés en 2000, avec pour but de renforcer la cohérence des politiques sociales, économiques, environnementales et de l'emploi. En 2005, la Commission Barroso, dominée par des conservateurs et libéraux, en coopération avec un Conseil européen dominé également par une idéologie de droite, a imposé un agenda de la Stratégie de Lisbonne profondément conservateur néolibéral, qui exclut largement les aspects protection sociale et intégration sociale. Cela a affaibli le potentiel offert par la Stratégie de Lisbonne de contribuer à davantage d'emploi de haute qualité et à des politiques sociales plus fortes.
Dans le rapport du Parlement européen sur la Stratégie de Lisbonne, les eurodéputés socialistes sont parvenus à renforcer la dimension sociale de la Stratégie, ce qui sera donc également profitable aux personnes en situation de handicap ainsi qu'à leurs familles. Le Parlement européen, entre autre, souhaite établir un lien plus fort entre stabilité économique, développement durable et inclusion sociale, augmentation de l'emploi et amélioration de la coordination économique. Il souhaite enfin offrir des services sociaux universellement accessibles. En étroite collaboration avec le gouvernement socialiste espagnol qui présidera le Conseil de l'Union durant le premier semestre 2010, le Parti Socialiste Européen prépare une nouvelle Stratégie de Lisbonne, plus forte et davantage axée sur le social. Celle-ci sera adoptée au Printemps 2010. Afin de préparer notre position et notre stratégie pour ce nouveau document, ainsi que d'autres processus politiques pour les années à venir, nous avons mis en place des contacts réguliers avec les acteurs de la société civile comme le Forum européen des personnes handicapées et allons lancer très prochainement un Réseau Social Européen du PSE, dans le but d'inscrire ces contacts dans la continuité.
FEPH : L'intégration systématique du handicap dans tous les domaines politiques est l'une des exigences de la conclusion de la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées et de la mise en œuvre de la disposition du Traité de Lisbonne sur la non discrimination. Comment le PSE envisage-t-il d'intégrer le handicap dans des domaines autres que les politiques sociales, tels que le marché intérieur, les technologies de l'information et de la communication, le transport, l'industrie, la recherche ou les relations extérieures ?
Poul Nyrup Rasmussen :
Le PSE est d'accord sur le fait que les besoins des personnes vulnérables doivent être pris en compte dans l'organisation et la mise en œuvre de toute politique et de toute mesure. Ainsi, notre Manifeste comprend la proposition d'inclure une clause de progrès social (clause 3) dans chacune des législations européennes. Cela permettra de s'assurer que l'impact social, y compris celui sur les personnes en situation de handicap, est pris en compte dans le développement d'une législation européenne.
FEPH : Des milliers de personnes en situation de handicap vivent dans des institutions spécialisées, éloignées de leur famille et ce en violation de leurs droits fondamentaux, sans possibilité de faire leurs propres choix concernant leur vie quotidienne. Cela est en partie dû au manque d'accès à des services de qualité. Quelle devrait être la réponse de l'Europe ?
Poul Nyrup Rasmussen :
Bien que les politiques sociales soient davantage du ressort des états membres, le PSE souhaite que l'Union soit davantage présente dans ce domaine. Ces dernières années, le PSE a fait campagne pour des services publics de qualité, financièrement et physiquement accessibles à travers l'Europe, en adoptant une directive sur les services d'intérêt général. De plus, nous continuons à nous battre pour une Europe sociale qui réponde aux besoins et aspirations de la population européenne dans le futur. Nous avons besoin de meilleures politiques économiques et sociales pour faire une "Europe-providence"plus intégrée, plus forte et plus durable. Nous croyons également que les fonds structurels européens, plus particulièrement le fonds social européen, pourrait être utilisé plus efficacement pour aider les personnes en situation de handicap et les intégrer davantage dans la société. De plus, nous sommes convaincus que davantage de personnes devront être employées dans les secteurs des services sociaux et de santé, dans les années à venir. Ce n'est pas simplement autoriser les personnes en situation de handicap ou malades à mieux participer à la société et au marché du travail, mais créer de nouveaux postes afin de compenser ceux perdus suite à la crise financière et économique.
FEPH : Les conséquences de la crise financière ont été particulièrement sévères pour les groupes les plus vulnérables de la population, c'est le cas des personnes en situation de handicap et de leurs familles : la mise en conformité des maisons, l'achat d'appareillages adaptés indispensables à l'autonomie et à une participation active à la société, sont un réel fardeau financier pour les personnes en situation de handicap et leurs familles. Quelles mesures le PSE recommande t-il de prendre pour résoudre ce problème ?
Poul Nyrup Rasmussen :
La crise économique et financière qui touche l'Europe touche chacun de nous, nos économies de manière très forte. Les salaires réels et le pouvoir d'achat sont sacrifiés, le chômage va augmenter, plus particulièrement pour les groupes les plus vulnérables de la société et les systèmes de sécurité sociale seront de plus en plus sous pression. Le PSE a préconisé les solutions les plus radicales de la Commission européenne et des Etats membres. Sous la forme d'un nouveau Programme de reconstruction européenne, les marchés financiers doivent être réformés et des investissements de grande échelle doivent être lancés. Ils sont nécessaires pour relancer l'économie, créer des emplois et une croissance « verte ». Des actions concrètes aux niveaux européen et national sont nécessaires dans le but de protéger les victimes de la crise, par exemple en élargissant les bénéficiaires des allocations chômage, d'une éducation spécialisée et de programmes de formation. Il convient de mettre en place des mesures permettant de réintégrer le marché du travail et de soutenir ceux qui n'y ont pas accès. Nous travaillons étroitement avec nos eurodéputés, les commissaires, les gouvernements socialistes et socio-démocrates tout comme les parties prenantes et universitaires pour développer et mettre en œuvre un programme alternatif de reconstruction européenne progressif, qui constitue un réel progrès.
FEPH : Voyager, étudier ou vivre à l'étranger, l'un des plus avantageux droits du citoyen européen, est un défi énorme pour les personnes en situation de handicap et leurs familles. Quelles actions le PSE compte t-il mettre en place pour ce faire ?
Poul Nyrup Rasmussen :
Déjà ces dernières années, nous avons contribué par notre travail à plus de liberté dans les voyages des personnes en situation de handicap. En 2005, le Parlement européen a voté le Rapport Evans ( PSE, GB) qui visait à accroitre les droits des personnes à mobilité réduite lorsqu'elles voyagent par avion.
Pour le prochain mandat parlementaire, nous continuerons à nous battre pour les droits des personnes en situation de handicap, en ce qui concerne les voyages, la vie et les études à l'étranger. Nous allons par exemple renforcer les dispositions des programmes européens de mobilité dans l'éducation et la formation en veillant à prendre davantage en compte les besoins des personnes en situation de handicap. Dans le rapport du PE, préparé par Christa Prets (PPE, Autriche) sur une Charte européenne de qualité pour la mobilité, il est écrit que les personnes en situation de handicap doivent avoir un accès égal à tous les niveaux (régional et national) à des sources d'information fiables et à des guides pour la mobilité. Si les Institutions européennes et les Etats membres ne vont pas dans ce sens, nous ferons campagne au Parlement européen pour une législation plus forte.
Le PSE veut apporter plus de justice. Cela signifie également s'assurer que les 65 millions de personnes en situation de handicap qui vivent en Europe soient inclus dans la société. Nous sommes convaincus que l'Europe ne doit pas être un marché qui sacrifie les conditions sociales et les conditions de travail au profit de plus importants bénéfices. Nous pensons également que l'Europe ne doit pas être une société d'inégalités retranchées où les pauvres restent pauvres et les personnes en situation de handicap sont exclues. Notre vision de l'Europe est celle d'une société à l'intérieur de laquelle les personnes peuvent pleinement développer leur potentiel et leurs talents grâce à une amélioration perpétuelle du niveau de vie, un travail stable décemment rémunéré, un environnement sain et sécurisé.
Pour plus d'informations, vous pouvez visiter le site du PSE